Saturday, 7 September 2013

Besançon-Lausanne

Je commence à réaliser que marcher est devenu mon activité principale. Levé à 6h30, avec le soleil, j'emballe méthodiquement mes affaires, enroule mon sac de couchage et ma tente, soulève mon sac à dos et me dirige vers ma première pause où je prendrai mon petit déjeuner. Vient alors une suite définie de pause, chaque cinq kilomètres, vers ma destination du jour.
C'est une routine qui n'est interrompue que par les paysages et lieux traversés. Jusqu'à Besançon, le paysage ne manquait souvent pas de charme mais les collines annoncent plus de variété. Je savoure la sortie de Besançon par une des premières côtes du Jura et mes premiers pas dans la vallée de la Loue. Déjà, j'atteins Ornans, charmante ville de maisons du seizième siècle. En fin de journée, j'arrive à Montgesoye où le petit camping municipal, sur le bord de la rivière, me parait un endroit propice. J'y suis presque accueilli par un couple de Limbourgeois en vacances qui m'offrent d'emblée une bière et me proposent de partager leur repas! Je savoure ma soirée avec eux, une vie rencontrant deux autres sans contrainte, c'est aller droit à l'essentiel des choses.
Le 30 août, je longe la vallée de la Loue, de plus en plus étroite, jusqu'à devenir les Gorges de Nouailles, merveille naturelle de nature et d'eau immaculées. La Loue, fier torrent, sort telle quelle d'une imposante paroi rocheuse. L'après-midi est une épreuve, je monte jusqu'à plus de 900 mètres à l'approche de Pontarlier. Les nuits se rafraîchissent considérablement. Je me réjouis de pouvoir dormir dans l'auberge de jeunesse du cru mais la vois porte close. Pas d'accueil le dimanche soir... Je passe devant le presbytère mais n'y trouvant personne, je me résigne à dormir encore une fois à la dur. Le camping étant à l'autre bout de la ville, j'y arrive frigorifié à la tombée de la nuit.
En montant ma tente, un arceau se brise. Je jure sur mon infortune et mon voisin sort de la sienne pour voir si tout va bien. Un bref dialogue et nous faisons connaissance. Il est belge, est parti le 14 août de Namur et fait le tour d'Europe à pied! Nous discutons joyeusement et décidons de marcher une demi-journée ensemble le lendemain.
Et la journée est magnifique! Après un bref passage chez Décathlon pour acheter du matériel de remplacement, nous nous mettons en marche par des chemins détournés longeant le Doubs jusqu'au château de Joux à l'ombre duquel nous déjeunons.
Ayant retrouvé ma bonne humeur, je prends mon courage à deux pieds pour passer le Col de Etroits et la Suisse. J'arrive à Sainte-Croix en fin de journée, assez fatigué et pressentant la nuit fraiche. Je me dirige machinalement vers le buffet de la gare pour enquêter sur l'auberge de jeunesse locale. On m'annonce que celle-ci a été fermée récemment. Le camping, lui, se trouve à trois kilomètres au-dessus de la ville. Découragé, je demande d'où part la route vers le camping et un homme m’invite à le suivre. Dans sa voiture, il me propose soit de m'accompagner jusqu'au dit camping, soit de venir loger chez lui. Ottmar habite dans un village qui s'appelle la Côte-aux-Fées, et la lumière y était magique. Il y rénove une maison avec son filleul et un ami pour en faire une chambre d'hôtes. Merci à lui pour la chaleur de son accueil et la délicatesse de son sens de l'hospitalité...
Nous sommes le mardi trois septembre et j'ai trois jours pour arriver à Lausanne. Je décide de faire des étapes plus courtes et longer une gorge au sortir de Sainte-Croix. Au fur et à mesure, je découvre que la Suisse a mis en place un réseau d'itinéraires piétonniers à l'échelle nationale, permettant à ceux-ci de relier de villes et voyager à travers le pays. Tout est indiqué, balisé, les chemins sont en excellent état. Je chemine alors, roi sur ma route et la paix dans l'âme, à travers bois et cultures jusqu'à Romainmôtier où l'odeur de mes vêtements me conseille de prendre une chambre d'hôtes. Le soir, j'ai encore droit à une longue et agréable conversation... En plus, la petite ville est un bijou dans un écrin d’émeraude. Décidément, la Suisse est un luxe pour les marcheurs.
Mercredi, j’ai une étape sans heurts et sans histoires dans la vallée centrale et c’est jeudi matin que j’entre finalement dans Lausanne. La ville est jolie, assez agréable à vivre et a une cathédrale pourvue de quelques beaux restes, mais heureusement, le soir j’ai retrouvé Mimi qui vient me rendre visite ! Nous dormons à Genève chez des amis très chers. Leur hospitalité me donne également un repos qui me fait du bien.
Je repartirai lundi matin de Lausanne, gare ferroviaire en direction du Saint-Bernard !

Friday, 30 August 2013

Metz-Besançon

Comment résumer bientôt deux semaines de marche? La France donne l'impression d'être toujours la même et toujours différente, lorsqu'on la voit comme piéton. Deux choses impressionnent: la différence entre les villes et les villages, qui est encore une réalité tangible dans ce pays, et la différence entre le monde où les piétons ont leur place et là où ils ont été oubliés.

Quittant Metz, et afin d'épargner mes genoux encore douloureux, je commence par suivre un sentier aménagé sur une ancienne voie ferrée qui me mène vers mon premier vestige de voie romaine, encore assez court à cause de la Moselle qui semble s'être retournée dans son lit, et du passage de l'E21. Par endroits, la voie romaine n'est plus qu'une limite de cultures. Je savoure ces moments en petit explorateur. Epuisé par une marche finalement relativement courte, je ne résiste pas à l'attrait d'une clairière avec un abris de chasse qui, en outre, s'appelle la "Baraque des Romains". Me voilà à nouveau bivouaquant, cette fois à la sauvage, mais peu m'importe, je suis à deux kilomètres du premier village.

Levé avec le soleil, et peu encouragé par la succession de bretelles de l'autoroute et du chemin de fer à contourner, je décide de faire un détour par Pont-à-Mousson, jolie petite ville de province avec toutes les commodités. Un café pris et mon ravitaillement effectué, je prends la route de Dieulouard (Scarpone) dont le musée gallo-romain n'est malheureusement ouvert que le dimanche. L'après-midi me réserve des surprises. C'est ma première prise de connaissance avec une route nationale. Même dotées d'une berme sur laquelle je me refugie régulièrement, le passage du trafic finit par affecter mon moral. Pourtant, je n'ai aucune alternative, la carte ne révélant aucun trajet me permettant de longer la route. la N74 relie Dieulouard et Toul en une ligne droite et c'est le trajet le plus court. En outre, c'est la première journée où rien ne me fait plus vraiment mal. Les genoux, ainsi que le reste, se sont habitués à la marche. C'est une sensation de libération intense que de retrouver sa sérénité dans sa mobilité.

Je mange avec peu d'apétit dix des vingt kilomètres jusqu'à Jaillon (Gavillo) où je sors pour quémander de l'eau. Me trouvant temporairement hors de la carte (comme c'était tout droit, j'en ai fait l'économie), je repère sur google maps un sentier menant vers un pré retiré. Le sentier s'avère traverser un tailli marécageux, et je dois monter une pente vers une hypothetique sablière et me retrouve en plein milieu d'une propriété privée. Heureusement, ni chien ni habitant ne m'empêchent de retrouver la petite route et je dois refaire deux kilomètres de nationale pour contourner les 500 metres initialement escomptés. Fourbu, je plante ma tente au hasard et ne tarde pas à me coucher.

Le lendemain (nous sommes le 22 août), j'entre en fin de matinée dans Toul (Tullum), résolu de me diriger immédiatement vers le presbytère pour demander l'asile. Heureusement, le prêtre y est avec un couple de jeunes en préparation de mariage. Il me fait patienter quelques minutes et le voilà qui m'offre l'hospitalité. Nous déjeunons ensemble dans son jardin et discourons sur qu'est-ce de la spiritualité dans la religion. Mon après-midi se passe en visites: la cathédrale Saint-Etienne, très belle dans la simplicité de son intérieur, et l'église Saint-Gengoult. Eh oui, Toul est la première ville où je vois une église dédiée au saint-patron des cocus. Le soir, j'installe mes pénates dans le cloître et je m'endors dans un décor grandiose.

Je me lève de bonne heure pour prendre un café avec le prêtre (l'abbé Jacques Détré) et pour effectuer d'une traite les 40 kilomètres séparant Toul de Neufchâteau. C'est 15 kilomètres de nationale et plus de 20 kilomètres de magnifiques vestiges de la voie romaine, s'élançant comme une flèche à travers un beau plateau de cultures et de forêts. Il fait près de 30 degrés mais j'avale avec avidité ce chemin désert, agréablement poussièreux. Par moment, on croit même deviner l'empierrement d'origine. L'arrivée ce fait par Soulosse (Solimariaca). J'arrive à bout de forces mais heureux à Neufchateau au camping municipal que m'ont indiqué un couple de cyclistes italiens. Bavette de boeuf et frites avalées, je m'endors profondément. Une autre chose me surpend: depuis Metz, je commence à avoir des apétits voraces.

Le temps, qui était depuis Metz au beau fixe, change brutalement et je prends mon café à Neufchateau sous la douche. La pluie se calme en matinée mais je suis quitte pour marcher les pieds mouillés jusqu'ai soir. Après Pompierre (Pont de pierre) et son beau pont romain et église au portail roman sculpté, je prends de belles petites routes de campagne suivant scupuleusement ma voie romaine. J'ai l'impression d'entrer dans la France belle, celle qui suscite l'admiration chez tant de gens. C'est la France de petits villages séparés par des cultures, prés et forêts. C'est la France au maisonnettes crépies aux toits rouges bordeau.

Malheureusement, le temps reste variable et un fermier m'offre un abris providentiel dans le foin après avoir été témoin d'une chutte de grèle qui a lascéré les champs de maïs. Quelle sensation de paix que d'entendre les goutelettes d'eau s'écraser sur le toit qui vous abrite. Jusqu'à Langres, c'est le même paysage, collines boisées et larges vallées verdoyantes, et ma voie romaine, que je dois maintenant chercher dans les bois ou les limites de cultures continue à guider mes pas. Après le passage de la Meuse, qui ici n'est qu'une jolie rivière ornée de nénuphars, je passe ma dernière nuit sous tente au bord d'une petite route de village. Si les villages ne manquent pas de charme, leurs habitants se méfient de ceux qu'ils ne connaissent pas et il est toujours difficile de trouver un abris.

Le 26 août, j'affronte les 15 kilomètres me séparant de Langres sous une pluie que les Belges connaissent bien. Fine, elle s'imprêgne à travers tout. En outre, cela fait plusieurs jours que ma batterie me menace de me lacher et les régions que j'ai traversées sont oubliées des opérateurs de téléphonie mobile. J'entre dans Langres (Andemantunnum) comme un fantôme et me dirige machinalement vers la cathédrale Saint-Mammès. J'admire les pilliers gothiques prémitifs et en sortant, je remarque une affiche sur les pélérinages, mentionnant l'abris pour les pèlerins. Du coup, j'oublie le poid de mon sac à dos et mes chaussures trempées et cours vers le presbytère où, en effet, la paroisse a aménagé un appartement avec cuisine et salle de bain. Je m'y prélasse, sortant seulement pour manger un morceau et faire mes emplettes car la pluie ne cesse pas.

Le repos de l'après-midi me permet de prendre contact avec François Louviot, qui avec quelques adeptes s'occupe de l'aménagement de la Via Francigena en France. Grâce à lui, je découvre que je n'aurait plus trop à m'inquiéter de mes nuits, car il m'envoit une liste complète d'hébergements sur la route qu'il me reste à faire en France.

Ayant repris confiance et le temps se remettant temporairement au beau, je prends la direction de Besançon et de la Suisse. La voie romaine suit ici globalement le tracé de la D5. C'est une jolie départementale peu fréquentée, et elle fait de quelques détours, ce qui me réserve de réguliers et beaux vestiges à travers champs et forêts. Mon premier arrêt se fait à Grenant, jolie bourgade avec un beau pont romain où le maire me laisse la salle des fêtes pour m'abriter. Ensuite, c'est Seveux (Segobodium), trente kilomètres plus loin. Je dois faire un détour par Dampierre-sur-Salon car il n'y a aucun magasin sur mon chemin. C'est cette partie de la France où les mairies et les lavoirs ne font qu'un.

A Seveux, je décide de m'arrêter dans une chambre d'hôtes, qui en fait est une caravane dans le jardin, simple mais fonctionnelle. Mon hôte, très sympathique quoiqu'aux aux idées très arrêtées sur certains problèmes sociétaux, m'offre un excellent repas et une longue et houleuse conversation en compagnie d'un de ses amis. Cussey-sur-l'Ognon, qui dans ma tête sonne comme Cuisse-sur-Onion à mesure que ma faim se creuse, est ma troisième étape. Je la dépasse pour rejoindre un camping à Geneuille, 15 kilomètres avant Besançon. C'était hier, j'y ai fait un feu de camp et ai savouré à nouveau la liberté d'un marcheur en autonomie.

Arrivé à Besançon, une idée se précise dans ma tête. Nous vivons dans un monde où les piétons ont perdu leur place. Il y a bien des trottoirs dans les villes et les villages, mais ceux-ci ne permettent que de parcourir de courtes distances. Les déplacements entre les villes sont maintenant le domaine exclusif des transports motorisés. Les piétons sont visiblement lésés, car les routes prennent souvent le trajet le plus rapide. Néanmoins, ces voies romaines, souvent, ont été oubliées et elles gardent pour les marcheurs l'insigne avantage de prendre le chemin le plus direct.

Quelques jours me séparent de la Suisse. Je me réjouis de passer une frontière et de découvrir un autre pays dans ma condition d'insecte dans ce monde de géants ultrarapides. Je garderai le meilleur et le pire en souvenir de la France: un accueil souvent généreux et des routes que je troquerai pour de beaux chemins de randonnée.

Sunday, 18 August 2013

Arlon-Metz

Il faut une bonne heure en voiture pour faire la route d'Arlon à Metz. Peut-être un peu plus si vous faites le plein à Luxembourg. En revanche, à pied, cela vous prendra trois jours si vos jambes ont l'habitude de battre l'asphalte. Pour ma part, cela m'a pris quatre jours, dont deux demi-journées.

Après un arrêt forcé pour causes professionnelles à Bruxelles d'à peu près une semaine, Mimi m'a accompagné à la gare centrale de Bruxelles et c'est le cœur (très) gros que nous nous sommes quittés à nouveau, cette fois-ci pour plusieurs semaines. Deux heures et demi m'ont ont suffi pour arriver à Arlon et enfin reprendre ma route. L'ancienne voie romaine vers Metz quitte le sud par Weyler et Hondelange. Ensuite, elle disparaît. Je déroge alors à mon trajet initial pour piquer droit vers le sud et Athus, petite ville à la prospérité passée et située sur le carrefour des trois frontières. Peu de Belges y ont jamais mis les pieds, et les gens de là-bas commencent à dire qu'ils ont déjà été à Bruxelles, ce qui prête à croire que c'est un fait exceptionnel.

A Athus, je me renseigne sur la résidence de monsieur le curé, pensant que ce serait une personne appropriée à qui je pourrait demander un carré de jardin pour planter ma tente. Une dame me propose avec enthousiasme de m'y conduire et me voilà chez le Père Jean-Pierre, dans son jardin, à côté d'un potager dont la luxuriance ferait blêmir certains. La conversation est fluide, sans toutefois creuser les profondeurs. Elle porte sur mon chemin, la condition de pèlerin, la Bible et son histoire, les actualités. Je l’interroge sur un peu sur la situation sociale des environs et elle ne semble pas brillante. Oubliés de Paris et de Bruxelles, délaissés du Luxembourg, c'est ce que je constaterai de cette région d'Europe durant toute sa traversée.

Cette soirée du quinze août se passe en compagnie de deux amis de mon hôte, Patricia et Dominique, et est délicieusement parée d'un honorable couscous préparé par ce dernier. Mais déjà le soir tombe et je regagne ma tente. Le matin, après un café en compagnie du prêtre et de son vieux jardiner, je quitte Aubange vers le Luxembourg. Mon parcours est jalonné de souvenirs de l'Antiquité et du Haut Moyen Age: les quelques fouilles sur le Tëtelberg, ancienne capitale de Trévires (merci Serge) et des sections de voie romaine à Belvaux et aux alentours d'Adun-le Tiche (Aquaeductus). Déjà, mon genou se fait sentir et je m'arrête à Volmerange-les-Mines. Il n'y a plus de mines dans la région, et depuis longtemps, mais certains artefacts exposés dans les jardins et dans la rue rappellent cette période fastueuse. Un vieux couple m'offre un pré adjacent à la forêt pour planter ma tente. Je la monte et passe une agréable soirée à côté d'un petit feu de camp.

L'avantage, quand on marche, c'est qu'on vis à l'heure du soleil. Dix heures du soir, c'est lumières éteintes et le lever en cette saison est à six heures. Après cinq kilomètres d'asphalte, je m'arrête pour un petit café à Hettange-Grande (Caranusca). Suivent ensuite quelques kilomètres de forêt dans laquelle je retrouve la grande voie publique reliant Lyon et Trêves. Je la suivrai jusqu'à Metz et c'est plus de trente kilomètres d'asphalte dont mes genoux vont souffrir. Préoccupé par ceux-ci, je décide de m'arrêter à Hagondange.

L'ennui avec les grandes agglomérations, c'est qu'il y a trop de monde à qui quérir la courtoisie, et les gens s'interrogent "pourquoi chez moi" et s'inquiètent. A l'église de Richemont, la bourgade précédente, on me dit que je ne trouverai aucun endroit pour planter ma tente et que le curé d'Hagondange est en vacances. Je décide alors de bénéficier à nouveau de l'hospitalité de la forêt car après tout, elle ne demande rien à personne. Et puis, il n'y a rien de tel que d'écouter le chevreuil faire ses cornes à la tombée du soir.

Ce dernier jour, enfin, je reprends ma voie romaine qui est, depuis hier, devenue soit une route de banlieue, soit l'artère d'une zone industrielle. Je passe mon chemin contemplant les géants du passé: hauts-fourneaux, laminoirs, postes de gaz et électriques, presque tous fermés. Je philosophe alors sur les revêtements idéals pour les jambes des marcheurs. Après quinze derniers kilomètres sur une route sans charme, je finis par atteindre Metz (Divodurum) pour trouver porte close à l'auberge de jeunesse. Je pose mon sac dans un café et pars alors en reconnaissance de cette ville, toute somme faite, assez touristique et recelant quelques joyaux d'antan: la cathédrale, Saint-Pierre-aux-Nonnains et un musée municipal labyrinthique.

C'est après une douche salutaire que je vous écris de l'auberge de jeunesse finalement ouverte. Je compte passer une nuit de plus à Metz pour panser mes plaies, m'équiper d'une carte sim française, faire une lessive et renvoyer par la poste quelques effectifs superflus. En France, le dimanche, presque tout est fermé. Et puis, je serai content de quitter cette région où presque tous les toponymes terminent en -ange; je ne m'y retrouve plus.

Friday, 9 August 2013

Photos Amay-Arlon

Amay-Arlon

Que dire de cette première marche d’Amay à Arlon, si ce n’est qu’elle m’a réservé des paysages merveilleux ? Cette randonnée d’essai est de toute beauté et je la conseille à quiconque désire voire le plus beau du sud de la Belgique.

Après des adieux trop courts, ma route m’a réservé une première petite épreuve. Quittant la banlieue d’Amay, le chemin indiqué sur la carte topographique se change rapidement en une jungle miniature de fougères et m’oblige à user de ma boussonis par trouver un chemin empierré en haut de la côte. Celui-ci me mène tout droit vers le début de ma voie romaine, encore enherbée. Le voyage commence.

Cette première demi-journée fut consacrée à la traversée du Condroz, où trois couleurs dominent en cette saison : le vert de bosquets, l’or des champs d’orge et de froment, et le bleu du ciel. Quelques teintes de gris ponctuent le regard lors de la traversée des villages : Strée (du Latin « via strata », voie pavée), Ramelot, d’où la voie n’est plus praticable, Terwagne (Teruonia) où je la retrouve, Vervoz (Vervigum), ancien « vicus », ou village durant l’antiquité, puis Chardeneux aux abords duquel je retrouve un court tronçon de ma chaussée. Un monsieur à qui je demande de l’eau me dit que Rome n’est pas loin : « c’est juste avant d’arriver à Durbuy ». 

Il est rare de pouvoir constater au détour d’un chemin les confins de deux régions géologiques : arrivant au sommet de la dernière colline du Condroz, la Famenne s’offre au regard, large et verte. Mais déjà l’asphalte fait sentir son effet sur mes pieds et c’est à Somme-Leuze que Cédric et son épouse m’offrent un coin de leur jardin pour planter ma tente et une agréable conversation pour meubler ma soirée.

L’avantage de dormir dehors est qu’on se réveille avec le soleil. La traversée de la Famenne se fait aisément en une matinée : je n’ai que Grandhan à traverser pour me trouver face aux Ardennes à Hotton, qui est la seule agglomération de taille sur ma route. La voie romaine n’est malheureusement plus praticable désormais, mais elle traversait probablement cet ancien oppidum (ville fortifiée) gaulois dont on retrouve des vestiges sur les hauteurs du « Ti Château ». 

L’Ourthe est assez puissante à cet endroit pour avoir percé son lit perpendiculairement aux premières crêtes des Ardennes. Sa rive droite offre un joli chemin de randonnée, assez sauvage au début, puis parfaitement aménagé pour distraire les nombreux vacanciers néerlandophones qui peuplent la région en été. A Rendeux-Bas, je m’offre une pause de midi qui se révèlera par la suite trop courte, et mes pieds et épaules ne manqueront pas de me le rappeler. Quatre kilomètres d’asphalte à partir de Marcourt auront raison d’une bonne part de mon énergie avant même d’aborder la première côte ardennaise. 

N’ayant pas trouvé le début du prochain tronçon de la voie romaine au croisement de la N888 et N833, je m’engage un kilomètre plus loin sur un chemin forestier vers Beausaint, bourgade dortoir et fermière typique de celles que je traverserai jusqu’à Arlon. Elle me permet malgré tout de rejoindre la voie jusqu’à Beaulieu (Béleu en Wallon) où je m’écroule à bout de forces. Grâce au ciel, le gardien d’un gîte prend pitié de moi et m’offre gracieusement une chambre. Après 35 km sans compter les dénivelés, j’accepte sa proposition providentielle avec empressement.

Quittant Beaulieu, la voie redevient aménagée jusqu’à ma prochaine pause de midi aux abords de Bastogne. La campagne est ponctuée de forêts, prés, champs de seigle et de froment et vallées où nichent villages et mouvements de jeunesse. En début d’après-midi, face à l’obstacle créé par l’E25, ayant besoin de ravitaillement et mes chaussures me faisant de plus en plus mal, je décide de rejoindre Bastogne pour une après-midi de récupération. Le curé m’offre le chapiteau du jardin de son presbytère pour dormir. De nouvelles chaussures et un repas chaud dans une brasserie me redonnent confiance au lendemain.

Le quatrième jour, j’ai fait quelque chose que je ne ferai probablement plus. 45km séparent Bastogne d’Arlon par les petits chemins, sans compter les dénivelés. Sachant qu’une douche, un lit chaud et un accueil chaleureux m’attend chez Coralie et Benoit, je décide de les faire d’une traite. Un bus des TECs m’emmène jusqu’au point où je reprends la voie romaine 1 km avant Assenois. Je l’empreinte avec sourire et la pluie commence à tomber. Elle tombera jusqu’à midi. La voie romaine disparait après Hollange et je décide de suivre le tracé d’un ancien tramway vicinal qui descend la Strange et la Sûre, affluents du Rhin. On sent peu à peu que le paysage change et qu’on flirte avec les confins des Ardennes. 

A Wisembach, près de Martelange, je m’offre une trop courte pause avant de traverser une partie de la forêt d’Anlier où je retrouve satisfait cette chaussée qui jadis était une artère d’un empire et qui maintenant n’est plus qu’un chemin empierré pour les touristes et forestiers. Je constate qu’en Belgique, ce qu’on appelle une forêt n’est en fait qu’une succession de champs d’épicéas et de hêtres… La voie se jetant à nouveau dans la N4, je me renseigne auprès de deux bucherons qui m’affirment que le sentier que je devais suivre n’existe plus. Je décide donc de sortir de la forêt la boussole en main et le dernier paysage de Belgique s’offre à moi : la Gaume. Celle-ci ressemble soit à la Lorraine française, soit au Luxembourg, qui sont en fait la même région historique : la Haute-Lorraine. En revanche, culturellement, la Gaume est la frontière entre la Belgique romane (parlant wallon), le Luxembourg et sa langue germanique et la France de la langue d’Oïl. 

C’est avec des pieds criant leur fatigue que je gravis, 13 km plus tard, la dernière montée en entrant dans Arlon (Orolaunum), où je m’assieds avec délectation sur un banc mouillé en attendant Benoit et une réconfortante soirée en compagnie de sa famille. 

J’ai appris deux choses en ce début de pèlerinage. Si les jambes n’en peuvent plus, l’esprit reste vif : en effet, une longue marche est avant tout un exercice physique. Ensuite, une vraie pause de midi s’impose, parce que la journée est plus longue que le temps qu’on peut passer à marcher.

Saturday, 3 August 2013

Leaving tomorrow...


That’s it! Everything is (nearly) ready for going:
If you want to have a look inside my bag, here's the list::

  • Rucksack: 1580g
  • Mattress: 197g
  • Sleeping bag: 900g
  • Tent: 1500g
  • Towel: 151g
  • Cushion: 250g
  • Spare shirt: 250g
  • T-shirts: 586g
  • Underwear: 135g
  • Socks: 135g
  • Trousers: 363g
  • First aid kit: 156g
  • Disinfectant: 152g
  • Smart phone and charger: 180g
  • Tooth brush and paste: 130g
  • Aleppo soap for everything: 220g
  • Book: 200g
  • Notebook: 160g
  • Kitchen kit: 139g
  • Emergency food: 500g
  • Water: 2l
  • Torch: 80g
  • Compass: 32g
  • Maps: 628g

All together, the decent score is 10,741kg = 23lb!