Saturday 7 September 2013

Besançon-Lausanne

Je commence à réaliser que marcher est devenu mon activité principale. Levé à 6h30, avec le soleil, j'emballe méthodiquement mes affaires, enroule mon sac de couchage et ma tente, soulève mon sac à dos et me dirige vers ma première pause où je prendrai mon petit déjeuner. Vient alors une suite définie de pause, chaque cinq kilomètres, vers ma destination du jour.
C'est une routine qui n'est interrompue que par les paysages et lieux traversés. Jusqu'à Besançon, le paysage ne manquait souvent pas de charme mais les collines annoncent plus de variété. Je savoure la sortie de Besançon par une des premières côtes du Jura et mes premiers pas dans la vallée de la Loue. Déjà, j'atteins Ornans, charmante ville de maisons du seizième siècle. En fin de journée, j'arrive à Montgesoye où le petit camping municipal, sur le bord de la rivière, me parait un endroit propice. J'y suis presque accueilli par un couple de Limbourgeois en vacances qui m'offrent d'emblée une bière et me proposent de partager leur repas! Je savoure ma soirée avec eux, une vie rencontrant deux autres sans contrainte, c'est aller droit à l'essentiel des choses.
Le 30 août, je longe la vallée de la Loue, de plus en plus étroite, jusqu'à devenir les Gorges de Nouailles, merveille naturelle de nature et d'eau immaculées. La Loue, fier torrent, sort telle quelle d'une imposante paroi rocheuse. L'après-midi est une épreuve, je monte jusqu'à plus de 900 mètres à l'approche de Pontarlier. Les nuits se rafraîchissent considérablement. Je me réjouis de pouvoir dormir dans l'auberge de jeunesse du cru mais la vois porte close. Pas d'accueil le dimanche soir... Je passe devant le presbytère mais n'y trouvant personne, je me résigne à dormir encore une fois à la dur. Le camping étant à l'autre bout de la ville, j'y arrive frigorifié à la tombée de la nuit.
En montant ma tente, un arceau se brise. Je jure sur mon infortune et mon voisin sort de la sienne pour voir si tout va bien. Un bref dialogue et nous faisons connaissance. Il est belge, est parti le 14 août de Namur et fait le tour d'Europe à pied! Nous discutons joyeusement et décidons de marcher une demi-journée ensemble le lendemain.
Et la journée est magnifique! Après un bref passage chez Décathlon pour acheter du matériel de remplacement, nous nous mettons en marche par des chemins détournés longeant le Doubs jusqu'au château de Joux à l'ombre duquel nous déjeunons.
Ayant retrouvé ma bonne humeur, je prends mon courage à deux pieds pour passer le Col de Etroits et la Suisse. J'arrive à Sainte-Croix en fin de journée, assez fatigué et pressentant la nuit fraiche. Je me dirige machinalement vers le buffet de la gare pour enquêter sur l'auberge de jeunesse locale. On m'annonce que celle-ci a été fermée récemment. Le camping, lui, se trouve à trois kilomètres au-dessus de la ville. Découragé, je demande d'où part la route vers le camping et un homme m’invite à le suivre. Dans sa voiture, il me propose soit de m'accompagner jusqu'au dit camping, soit de venir loger chez lui. Ottmar habite dans un village qui s'appelle la Côte-aux-Fées, et la lumière y était magique. Il y rénove une maison avec son filleul et un ami pour en faire une chambre d'hôtes. Merci à lui pour la chaleur de son accueil et la délicatesse de son sens de l'hospitalité...
Nous sommes le mardi trois septembre et j'ai trois jours pour arriver à Lausanne. Je décide de faire des étapes plus courtes et longer une gorge au sortir de Sainte-Croix. Au fur et à mesure, je découvre que la Suisse a mis en place un réseau d'itinéraires piétonniers à l'échelle nationale, permettant à ceux-ci de relier de villes et voyager à travers le pays. Tout est indiqué, balisé, les chemins sont en excellent état. Je chemine alors, roi sur ma route et la paix dans l'âme, à travers bois et cultures jusqu'à Romainmôtier où l'odeur de mes vêtements me conseille de prendre une chambre d'hôtes. Le soir, j'ai encore droit à une longue et agréable conversation... En plus, la petite ville est un bijou dans un écrin d’émeraude. Décidément, la Suisse est un luxe pour les marcheurs.
Mercredi, j’ai une étape sans heurts et sans histoires dans la vallée centrale et c’est jeudi matin que j’entre finalement dans Lausanne. La ville est jolie, assez agréable à vivre et a une cathédrale pourvue de quelques beaux restes, mais heureusement, le soir j’ai retrouvé Mimi qui vient me rendre visite ! Nous dormons à Genève chez des amis très chers. Leur hospitalité me donne également un repos qui me fait du bien.
Je repartirai lundi matin de Lausanne, gare ferroviaire en direction du Saint-Bernard !